05 novembre 2006
Frédéric Léglise
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Né en 1972 à Nantes. Vit et travaille à
Montreuil.
Frédéric Léglise consacre son art aux nus féminins. Avec habilité, il parvient à éviter deux dérives qui généralement menacent ce thème : la vulgarité et l’académisme. Les corps roses de ses muses flottent dans un espace-temps indéfini, auréolés de respect, de douceur mais également d’érotisme subtil et de désir. La femme de Frédéric Léglise est féminine, piquante, sûre d’elle et de son pouvoir, indépendante, intransigeante. Mais pour le plaisir du jeu, elle peut soumettre sa nudité au regard d’un homme, attisant les fantasmes et les obsessions de celui-ci. Elle sait jouer un rôle qui, elle le sait, la rendra irrésistible. Elle sait jouer de sa fragilité latente, la mettant à nu en même temps qu’elle s’effeuille.
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Frédéric Léglise, Jill, Emilie And Valentine In My Studio, 2006 (photo Alberto Ricci)
Courtesy Galerie Deborah Zafman
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08 novembre 2006
Marianne Batlle
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Née en 1962 à Perpignan. Vit et travaille à Paris
En abordant le travail de Marianne Batlle, la première tentation est de l’interpréter à la lumière des théories freudiennes. En effet, les « poupées-penis » qu’elle tricote de manière quasi-obsessionnelle seraient symptomatiques de ce que Freud appelait « l’envie du pénis ». Son imagination fertile les habille en angora, en perles, en laine, en fil de fer, en corde, pour donner à chacun sa propre personnalité. Ses jouets-phallus qui invitent le spectateur à les câliner, sont drôles et mignons, provocants et teintés d’une obscénité enjouée. Mais les cantonner aux limites de la psyché de l’artiste serait une erreur trop facile et regrettable. Car ces « pénis-doudous » se prêtent à plusieurs angles de lecture.
Dans le contexte actuel, ils représenteraient les nouveaux rôles endossés par l’homme. Aujourd’hui, il est un métrosexuel : il se pomponne, fait du shopping, se maquille, se met aux fourneaux, devient une fée du logis. Cet homme à l’extérieur/femme à l’intérieur, est-ce un acquis du féminisme ?
Plus largement, les « poupées-penis » de Marianne Batlle sont les protagonistes d’une comédie humaine qui, depuis la nuit des temps, gravite autour du phallus et de la domination, des envies et des complexes qu’il suscite. Dans ses mises en scène, l’artiste aborde aussi bien la politique et la théorie de l’évolution que le pouvoir militaire ou la prostitution. Si ses pénis sont incapables d’offrir un plaisir physique, ils compensent en provocant une jouissance théorique extrême et variée.
Marianne Batlle est issue de l’univers du design et de la mode. Ses activités « artisanales » ne suffisant pas à assouvir ses envies de création, elle a investi le champ artistique avec ses poupées-pénis qu’elle tricote et perfectionne depuis 2004.
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Marianne Batlle, Divine
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Tianbing Li
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Né en 1974 à Guilin, Chine. Vit et travaille à Paris.
« Connais-toi, toi-même. » En discourant avec le jeune Alcibiade, Socrate l’avait exhorté à adopter cette inscription du temple de Delphes. Mais est-il possible de parvenir à une réelle connaissance de soi? Peut-on répondre à la question « qui suis-je »? L’identité est un des thèmes autour desquels s’articule le travail de Tianbing Li. Né en Chine, vivant à Paris, il est un artiste multiculturel déchiré entre son héritage asiatique et le mode de vie de son pays d’accueil. Ses Autoportraits-Tours donnent corps à une certaine schizophrénie identitaire développée souvent par les individus issus d’un métissage culturel. Les visages qui se superposent pour former une masse de chair ne permettent d’identifier ni l’origine, ni les particularités physiques de celui qui s’est portraituré. Plus largement, ces visages tordus, déformés, étalés qui pleurent puis qui rigolent, qui crient et qui boudent, illustrent bien la difficulté de prendre une décision, de faire des choix. Que ce soit entre deux cultures, plusieurs identités ou différentes attitudes.
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Tianbing Li, Selfportrait Tower
Courtesy Galerie Deborah Zafman
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Jean-Michel Pradel-Fraysse
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Né en 1963 à Ussel. Vit et travaille à Paris.
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Pour Jean-Michel Pradel-Fraysse, la sculpture est un prétexte : son travail, médiation ironique, souligne l’absence de l’humain pour attirer l’attention sur le rôle et les travers de celui-ci. Les Cœurs-Trophées, accrochés au mur, font d’abord penser à un film mi-gore, mi-comique dont les protagonistes auraient pris une déclaration comme « Je te donne mon cœur » au premier degré. Mais plus sérieusement, ces Cœurs-trophées, ces cœurs-têtes-d’élan-empaillées, mettent tristement en lumière le choix que l’humain est amené à faire : chasser ou être chassé, dominer ou être dominé. Le triomphe de la consommation passe aussi par la consommation de cœurs, de corps, de sexes sans égard aucun pour autrui. Il faut en accumuler, en essayer de nouveaux, choisir et finalement jeter. Qui est donc celui/celle qui se vante ainsi d’avoir arraché des cœurs ? N’y a-t-il pas en lui/elle une faille à combler ? L’autre, aliéné de sa qualité d’humain, est devenu le gibier de sa vanité, de sa gourmandise et de sa cupidité. Jean-Michel Pradel-Fraysse parvient à la même conclusion que Hobbes: l’homme est un loup pour l’homme.
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Jean-Michel Pradel-Fraysse, Coeur trophée n° 3, 2005
Courtesy Galerie Eric Mircher
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Zhe Fan
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Né en 1977 à Liaoning, Chine. Vit et travaille à Paris.
Au cours de ses recherches artistiques, Zhe Fan a développé une obsession : les allumettes. Elles monopolisent l’univers de l’artiste. Tel un pyromane qui s’ignore ou un enfant casse-cou, il les manipule, les filme, les photographie, les regarde se consumer inlassablement. Allumette est une vidéo représentative de son travail : une main allume des allumettes les unes après les autres. Une première se consume pour être remplacée par une autre et encore une autre et encore une autre. Ainsi se consument également les vies, les unes après les autres, en quelques instants. Zhe Fan met à nu une fragilité qui lie tous les êtres humains : celle de l’existence. Le temps passe à une allure folle et parfois une vie touche à sa fin avant même d’avoir réellement commencé. La poésie visuelle du travail de Zhe Fan souligne intensément cette idée insupportable et fait comprendre que rien n’est plus précieux qu’une vie, aussi éphémère soit-elle.
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Zhe Fan, Allumettes, 2005
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12 décembre 2006
Karine Bonneval
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Née en 1970
à la Rochelle, vit et travaille à Montreuil.
Par le biais de sculptures et d’installations aux allures organiques, Karine Bonneval aborde les codes et les liens sociaux, les rapports conflictuels mais camouflés entre les individus. Avec les Masques de Conversation et les Minerves, le langage ne sert plus l’échange : la bouche reste immobile, les mots brûlent la gorge en y restant bloqués ou au contraire s’accumulent en un flot incompréhensible. Le mode de communication et les codes sociaux s’incarnent dans des vêtements, des prothèses et des masques dont il est nécessaire de s’affubler afin d’attirer l’attention, d’entrer en contact avec l’autre. L’autre que l’on convoite, que l’on a envie de séduire pour ne pas rester seul. C’est dans ce but-là que l’on est amené à revêtir ses plus beaux atours, à Faire la Roue comme le paon, à se dissimuler derrière une apparence factice… et, finalement, redevenir misérable une fois les parures enlevées.
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Karine Bonneval, Minerve, 2002
Crédits photo : Yasmina Bennya
Courtesy Galerie Martine et Thibault de la Châtre
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Rodolphe Huguet
Né en 1969. Vit et travaille à Nîmes.
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Contrôler,
faire régner l’ordre. Les caméras de surveillance jouent un rôle primordial en
Occident. Rien que le fait d’apercevoir leurs silhouettes rassure
instantanément, rien que l’inscription « Espace sous surveillance »
promet de garantir la sécurité. En résidence à Villers sur Port (Haute-Saône)
en 2005, Rodolphe Huguet a exploré les limites de ces appareils et la
responsabilité que leur confient les angoisses collectives. Ses caméras font
effet. En leur jetant un coup d’œil
distrait, on se sent observé par les yeux de la sécurité. Mais ce n’est qu’une
illusion : les silhouettes en bronze des caméras n’étaient à l’origine que
des détritus en tout genre (bouteilles, emballages, boîtes…) montés sur des
branches.
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Pascal Bircher
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Né en 1972, à Redhill, Angleterre. Vit et travaille à Paris.
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Pascal Bircher, Don’t stand so close to me, 2001
Courtesy Galerie Martine et Thibault de la Châtre
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Pascal Pillard
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Né en 1972. Vit et travaille à Paris
Jonglant avec les techniques, Pascal Pillard aborde dans son travail des thèmes très personnels et les investit d’une charge émotionnelle extrêmement forte, apparentant ainsi les sujets qu’il traite à des masses de chair à vif secouées par des pensées morbides et des fantasmes à glacer le sang. Ses œuvres, inspirées largement des planches d’anatomie, représentent des personnages proches de la matière organique, animés par un tempérament fiévreux. L’artiste cherche moins à choquer qu’à débusquer une vérité et une réalité enfuies aussi bien au fond des autres que de lui-même, cultivant le désir de « voir à l’intérieur des individus ». Au sens propre comme au figuré.
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Pascal Pillard, L'alchimiste sparnonien, 2006
Courtesy Galerie Deborah Zafman
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